Page:Œuvres poétiques de François de Maynard, 1885, tome 1.djvu/289

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Du subject de mon dueil, et mon ame obstinee
Limite en sa prison ma triste destinee :
Soit que l’aube se lève, ou que le blond Soleil
Soit au point du midy, ou proche du sommeil,
Mes yeux sources de pleurs arrosent mon visage.
Ainsi tousjours mon ame aveugle à son dommage,
S’endurcit aux douleurs : que si je vis, helas !
C’est l’espoir qui me flatte au point de mon trespas.
C’est luy seul qui ourdit la trame de ma vu,
Et celle de mes maux où j’ay l’ame asservie.
Mais ne verray-je point terminer ma douleur ?
Ou mes jours s’obscurcir, ou l’injuste rigueur
D’un bel œil qui me tue en Amour eschangee !
Amour qui soubs tes loix tiens mon ame engagee,
Hé ! que ne donnes-tu relache à mes travaux ?
Faut-il que gemissant soubs le fais de mes maux,
Je coure à ma ruine ennemy de moy-mesme,
Pour l’ingrate beauté que j’honore et que j’ayme
A l’esgal de ma vie, hé ! que dis-je ? ouy, cent fois
Plus que ma propre vie, et plus quand je l’aurois.
Brebis qui remachez, tristement langoureuses,
Broutez de ces beaux pres les richesses herbeuses,
La le soleil reluit au point de l’Occident,
Et peu à peu le jour à la nuit va cedant,
Broutez : mais non, plus tost allons dans ces campagnes,
Où tristement couché, soubs les saules brehaignes,
Je feray de mes yeux ruisseler tant de pleurs,
Qu’enfin je noyeray ma vie et mes douleurs
Tandis mon cher troupeau que vous brouterez l’herbe.