Page:Œuvres poétiques de François de Maynard, 1885, tome 1.djvu/341

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Te brusle ainsi que moy ? Meviens doncques, mon ame,
Si tu veux que la Parque ourde encor la trame
De mes jours langoureux, car ton eslongnement
M’est une trite mort d’ennui et de tourment.


Scène 3


Tirsis

Lassé de tes rigueurs, inhumaine Silvie,
Je reprends ma franchise à ton joug asservie,
J’estains de l’eau d’oubly ton ingrat souvenir,
Et si jadis ton œil sceur mon cœur retenir
Esclave de ses loix, si ton ame cruelle
Foula soubs le desdain mon offrande fidelle ;
Bref, si je ne receuz aux fers de ta prison,
Qu’un injuste mespris, maintenant ma raison
Marche d’un pied vainqueur sur ton orgueil superbe,
Comme un jeune Chevreuil dessfus le front de l’herbe
Libre je me promene au jour de tes regards,
Sans craindre leurs esclairs, qui jadis comme dard,
Blessoient mon cour captif, maintenant je mesprise
Ton œil qui fut jadis le Roy de ma franchise :
Ces beautés dont l’esclat me faisoit en un point
Vivre et mourir cent fois, ne me consomment point
D’une douce langueur ; leur debile puissance
Ne sçauroit triompher de mon obeisance.
Je fuis seul maintenant Roy de ma liberté,
Et mon ame ne craint que l’Amour irrité