Page:Œuvres poétiques de François de Maynard, 1885, tome 1.djvu/380

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VIII.

Je compare à mon cœur violamment choqué
Au gré des vanités dont j’ay l’ame offencée,
La nef qui sur les flots de la mer courrousse,
Sert aux fiers tourbillons d’un rouet remoqué.

Or mon chaste desir par l’amour attaque,
Voit soubs un sale joug sa puissance pressée,
Or le pudique feu qui brusle ma pensée
Avec l’eau d’un plaisir s’amortir suffoqué

Si je porte mes pas et mon cœur loin de vous,
Et si j’arreste en vous ma course vagabonde,
Mon Dieu, Roy de mon ame et de ma volonté ;

L’ennemy me repousse au milieu de l’orage,
Où re flotte incertain parmy l’obscurité,
A tous moments sans vous prest à faire naufrage.

IX.

Il est temps de sortir de ta captivité
Et secouer le joug où tu es retenue,
Mon ame, il est jà temps ; car partout où ma veue
Arreste ses regards ce n’est que vanité.

J’ay veu l’air allumé d’une belle clarté,
Et soudain les esclairs scintiller soubs la nue,
Puis l’orage cruel d’une gresle menue
Ravager en un jour les moissons d’un Esté.