Page:Œuvres poétiques de François de Maynard, 1885, tome 1.djvu/77

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IX.

Qu’un long somme de fer assoupisse ma vie,
Que mon triste cercueil soit tousjours espineux,
Si te me plains de toy, doux subject de mes vœux,
Et si je vais pleurant ma liberté ravie.

Heureux point de ma perte où mon ame asservie
Eschangea sa franchise en de si nobles nœuds
Qu’en leur douce prison si je vi langoureux,
C’est pour n’avoir d’amour esgal à mon enuie.

Ainsi las !, si mes pleurs ruisselent de mon œil,
Et si dessus mon front la tristesse et le dueil
Impriment sombrement les marques de leur force :

Ce n’est point que je souffre en ma captivite,
Mais ce cruel regret par une rude entorce
A souspirer tousjours contrainct ma volonté.

X.

Ores que mon soleil aupoint de l’Occident
Change mes plus beaux jours en des nuits de martir,
Separé de moy mesme, au dueil je me retire,
Par mon fidelle espoir mon trespas retardant.

Sort que l’astre se leve, ou qu’il s’aille perdant
Dans les flots de Thetis, tousjours mon cœur souspire,