Page:Abd-Allâh ibn Abd-Allâh - Le présent de l'homme lettré.djvu/67

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la Thora. Le reproche retombe donc sur vous qui avez abandonné la tradition de votre prophète au sujet de la circoncision et que vous mettez en contradiction avec tous les prophètes. Or, quand il s’agit de choses ordonnées par Dieu, quiconque blâme les actions des prophètes est infidèle à l’égard de Dieu comme à celui des prophètes.

3° Les Chrétiens reprochent aux Musulmans de croire que les habitants du Paradis mangent et boivent. Comment pouvez-vous leur reprocher cette croyance, répondons-nous, en présence de ce que dit Matthieu au chap. XXVI de son évangile : « La nuit où les Juifs s’emparèrent de lui, Jésus, soupant avec les Apôtres, leur dit : Je ne boirai désormais plus de vin, si ce n’est dans le Paradis » ? Marc transmet ces mêmes paroles au chap. XIV de son évangile. Et Luc dit au chap. XXII de son évangile. « Jésus dit aux Apôtres : vous mangerez et vous boirez avec moi à table[1] dans le Paradis. Les docteurs chrétiens savent, au reste, très-bien que c’est pour avoir mangé dans le Paradis de l’arbre défendu, qu’Adam et Ève, sa femme, ont dû descendre sur la terre ; comment peuvent-ils donc nier que l’on mange et boit dans le Paradis ?

Il est vrai que dans leurs commentaires, ils expliquent que quiconque mange et boit, doit nécessairement évacuer des restes, ce qui est incompatible avec la pureté du Paradis. Mais ils n’auraient pas fait cette objection, s’ils avaient su ce que nous a appris notre prophète Mohammad : les restes de ce que mangent et boivent les habitants du Paradis se transforment en un liquide, c’est-à-dire en une sueur suave comme le parfum du musc ; les habitants du paradis n’ont pas besoin ni de cracher, ni de se moucher, ni d’évacuer. Les livres et les envoyés sont d’accord, en outre, sur ce point, que l’on trouve dans le Paradis diverses espèces de fruits, de gibier, etc., tout ce qui délecte l’esprit et fait plaisir à l’œil. Et celui qui entre au Paradis n’aurait pas le droit de manger de ces délices ! la jouissance lui en serait interdite ! Mais ce serait un supplice ; Dieu nous garde de le croire ; car le croire mènerait à l’opinion des hérétiques, prétendant que les jouissances des hommes sont non corporelles, mais purement spirituelles ; ils enseignent ainsi parce qu’ils nient la résurrection des corps. Les Chrétiens sont donc obligés d’admettre cette doctrine, ou bien d’accorder que les corps, eux aussi, jouissent dans le Paradis des choses que Dieu y a déposées pour les soutenir.

  1. Var. : à ma table.