Page:Abd-Allâh ibn Abd-Allâh - Le présent de l'homme lettré.djvu/68

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4° Au sujet du Paradis, les Chrétiens reprochent encore aux Musulmans de croire qu’il s’y trouve des châteaux, des pierres précieuses, etc.

Nous leur répondons : Vous avez un livre, intitulé « Fleurs des Saints », dans lequel on lit cette histoire : Un jour Jean[1] l’évangéliste rencontra deux jeunes gens, couverts de vêtements de soie et accompagnés d’esclaves et d’un grand cortège[2]. Jean leur ayant parlé de l’enfer, les effraya au point qu’ils quittèrent leur position, distribuèrent tout ce qu’ils avaient à leurs esclaves et à leurs compagnons et suivirent Jean. Quelque temps après, ayant fait la rencontre de leurs anciens serviteurs richement vêtus et suivis d’un grand cortège d’esclaves, ils devinrent tout tristes et se mirent à regretter amèrement les biens de ce monde qu’ils avaient quittés. Jean ayant eu connaissance de ces dispositions leur demanda s’ils regrettaient leurs anciens biens. À leur réponse affirmative, Jean leur commanda de lui apporter des pierres du ruisseau. Quand ils les lui eurent apportées, Jean les cacha un instant sous son habit ; au bout d’un moment il les retira et elles s’étaient transformées en pierres précieuses. Portez-les au marché, leur dit-il, et avec le produit que vous en tirerez, vous achèterez beaucoup plus que vous n’avez possédé mais… vous n’aurez plus de part au Paradis, ayant vendu votre part pour des biens de ce monde périssable. Sur ces entrefaites passèrent des gens portant un mort, qui prièrent Jean de le ressusciter. Jean s’écria : « Lève-toi, ô toi qui es mort, avec la permission de Dieu » ! Le mort s’étant levé, Jean lui dit : Fais savoir à ces jeunes gens quels biens ils ont perdus dans le Paradis. Celui qui avait été mort dit : Dans le Paradis leur étaient destinés des châteaux construits avec des pierres précieuses de toutes espèces, la dimension de chaque château était tant et tant. Ce qu’ayant entendu, les jeunes gens se repentirent, quittèrent toutes choses et suivirent Jean dans la religion de Jésus, s’affermissant toujours plus dans la foi. Nous lisons dans le même livre l’histoire suivante : Chaque jour les anges apportèrent à Valérien[3], un de vos plus grands saints, des mets du Paradis dans des plats d’or, recouverts de serviettes de soie, et sous ces serviettes des fleurs de diverses couleurs. Comment pourrez-vous donc nier qu’on trouve dans le Paradis des

  1. Le texte dit : Juan et explique que Juan est Jean.
  2. Var. : un grand vaisseau.
  3. Falariyân.