Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/30

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


On a vû Tanaquil recevoir de nos peres
Sur un Trône uſurpé des hommages ſinceres ;
Et donner au mépris de ſes propres enfans,
Un eſclave pour maiſtre aux Romains triomphans.
Nous avons vû depuis la cruelle Tullie
Envier à ſon pere un vain reſte de vie ;
Et luy voyant quitter le Trône à pas trop lents,
Elle-meſme y courir ſur ſes membres ſanglans.
Pretendez-vous, Seigneur, qu’en amante paiſible,
Camille qui peut tout ſoit alors inſenſible ?
Et que les Volſques meſme approuvant voſtre choix
De ſon amour trompé n’écoutent pas la voix ?
Eux à qui cette voix tient lieu de mille Oracles,
Quand de voſtre grandeur ſurmontant les obſtacles,
Elle fit partager entre ſon frere & vous,
Le pouvoir abſolu dont les Rois ſont jaloux.
S’ils ont tant fait pour vous par eſtime pour elle,
Que ne feront-ils point pour vanger ſa querelle ?



CORIOLAN.

Ah ! je ne pretens point qu’ils comprennent mon cœur,
Au nombre des ſujets que leur fait ma valeur.
Sous l’ombre d’un pouvoir qu’entre-nous on diviſe,
S’il faut payer leurs ſoins, que Rome leur ſuffiſe :
Et que pour s’acquitter à leur tour envers moy,
Ils me laiſſent en paix diſpoſer de ma foy.
Mais à Camille, Albin, tu ne rends pas juſtice :
Non, elle n’attend point ce cruel ſacrifice.
Elle ſçait que mon cœur euſt paſſé ſous ſes loix,
Si l’amour m’euſt permis de faire un nouveau choix.
Elle eſt trop fiere enfin, & ſon ame eſt trop belle,
Pour s’applaudir des vœux d’un amant infidelle.