Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/32

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


C’eſt la connoiſtre aſſez.



AUFIDE.

Quoy ? Seigneur, Valerie
Par les liens du ſang vous ſeroit-elle unie ?



CORIOLAN.

Je dis plus ; & par ceux d’une tendre amitié,
Qui luy fait de mes maux prendre quelque pitié.
Du ſecret de mon cœur penetrant le myſtere
Aux beaux yeux que j’adore elle m’apprit à plaire :
Et depuis que le ſort m’a banny d’aupres d’eux,
De deux cœurs ſeparez elle entretient les nœuds.
Voila ce qui me rend ſon amitié ſi chere :
Mais pour vos intereſts enfin que puis-je faire ?



AUFIDE.

Tout Seigneur, & le Ciel propice à mes deſirs,
A mis entre vos mains ma gloire & mes plaiſirs.
Scachez donc qu’au milieu de cent beautez rivales,
Valerie en ce camp a conduit les Veſtales,
Se flatant que l’accez qu’elle avoit prés de vous,
Ouvriroit à leurs cris un paſſage plus doux.



CORIOLAN.

Valerie ! Ah ! ceſſez de vous en mettre en peine :
Le ſang, ny l’amitié ne peut rien ſur ma haine,
Ses ſentimens ſur moy ne ſont point abſolus :
Si je luy dois beaucoup, je vous dois encor plus.
Pourſuivons. Du ſuccez nous avons de ſeurs gages :
Les Veſtales, leurs Dieux nous tiennent lieu d’oſtages.
Déja Rome eſt à nous.



AUFIDE.

Oüy, Seigneur, je le voy :
Mais ſi Rome eſt à nous, je ne ſuis plus à moy.
Apres un mois d’aſſaut en vain Rome craintive
Voit ſon vainqueur ſoûmis à ſa propre captive.