Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/46

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CAMILLE.

Je ſçay qu’à Virgilie
Une tendre amitié depuis long-temps vous lie ;
Que le bruit d’un Hymen dont on parle chez nous,
A donné quelque allarme à ſon amour jaloux ;
Et qu’enfin vous venez confidente fidelle
Voir ſi Coriolan ſe ſouvient encor d’elle,
Je le ſçay. C’eſt en vain que vous en rougiſſez.
Je ne me trompe point.



VIRGILIE.

Madame.



CAMILLE.

C’eſt aſſez.
De ce que vous voyez vous-meſme allez l’inſtruire.
Sur tout apprenez-luy ce que je vais vous dire.
C’eft moy qui fais ſervir à mon reſſentiment
Le bras victorieux de ſon fidelle amant.
C’eſt moy qui l’ay conduit au pié de vos murailles,
Qui luy fait des Romains haſter les funerailles,
Qui luy mets dans les yeux cet éclatant courroux,
Qu’il n’a pas meſme oſé moderer devant vous.
Mais quelque ardent qu’il ſoit par l’eſpoir de me plaire,
D’un ſeul de mes regards j’eſteindray ſa colere :
Et Rome le verra prompt à la ſoulager,
Dés qu’en luy pardonnant il croira m’obliger.
Allez à Virgilie en porter la nouvelle,
C’eſt ce que ſon amour attend de voſtre zele.
Vous qui n’ignorez pas ce qui peut l’allarmer,
Parlez ; quel jugement pourra-t-elle en former ?



VIRGILIE.

Helas ! vous pouvez bien l’apprendre par mes larmes ;
Il faut, Madame, il faut que tout cede à vos charmes,