Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/47

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Rien n’y peut reſiſter. Ah ! leur fatal éclat,
Du plus fidelle amant a fait le plus ingrat.
Je ne le voy que trop. L’air dont il m’a receuë,
Sa honte qu’il n’a pu déguiſer à ma veuë,
Le trouble de ſes yeux, l’embarras de ſon cœur,
Tout m’a de ſon amante annoncé le mal-heur.
Son ame de mes pleurs en vain enorgueillie,
Ne me craignoit pas moins qu’elle euſt craint Virgilie :
Mes yeux qu’il évitoit avecque tant de ſoins,
De ſa premiere flame ont eſté les témoins.
Il s’en ſouvient, & ſouffre une peine cruelle
De rougir devant moy d’une flame nouvelle.
Il ſçait trop l’intereſt que je prens à nourrir
Ce feu, que j’ay veu naiſtre, & que je vois mourir.
Que je plains Virgilie, helas ! ſurvivroit-elle
À ſon pays détruit par ſon amant rebelle !
Que dis-je ? ſonge-t-elle en ce cruel moment
Qu’après trois ans d’amour elle n’a plus d’amant ?
Tant de ſerments ſi ſaints n’ont donc fait qu’un parjure ?
Madame, à vos appas mes larmes font injure :
En vain pour les cacher je fais ce que je puis.
Mal-gré moy…



CAMILLE.

Je conçois l’excez de vos ennuis.
Ils ne m’offencent point : mais j’ay peine à comprendre
Que l’amitié produiſe une douleur ſi tendre.
Aux maux de Virgilie avez-vous tant d’égard ?



VIRGILIE.

Ah ! ſes maux à mes pleurs n’õt que la moindre part.
Je pleure mon pays reduit à l’eſclavage,
Puisqu’en de nouveaux fers Coriolan s’engage.