Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Seigneur ? mais cependant vous vous ſouvenez bien
Qu’il vous a peu couſté pour triompher du mien :
Que de foibles ſoûpirs furent vos ſeules armes :
Que Rome à ſes ſoûpirs ne joignit point ſes larmes :
Qu’on ne vit point les Dieux à mes genoux…



CORIOLAN.

Eh quoy
Toûjours excuſer Rome, & n’accuſer que moy ?
Non, voſtre amour au mien n’a point fait cet outrage :
De nos perſecuteurs je reconnois la rage.







Scène II



CORIOLAN, VIRGILIE, ALBIN.



ALBIN.


SEigneur, Camille vient. Un gros de ſes ſoldats
Avec empreſſement s’avance ſur ſes pas.



VIRGILIE.

Quoy ? de ma liberté s’eſt-elle repentie ?



CORIOLAN.

Non, non, vous eſtes libre, ou je perdray la vie :
Je cours au devant d’eux, ne craignez rien. Albin,
Conduiſez vos ſoldats par un autre chemin.
Je vous ſuivray de prés. Avant que le jour ceſſe,
Les Romains cõnoiſtront juſqu’où va ma tendreſſe :
Et lors que dans leur ſang mon bras aura vangé
Mon amour tant de fois laſchement outragé ;