Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/64

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Pour l’amour, vous ſçavez qu’en arrivant chez nous,
L’éclat de vos vertus m’en inſpira pour vous.
Je ne m’en défends pas. Vous m’ouvrîtes voſtre ame
Vous ne cachâtes point voſtre premiere flame.
Je la vis : & j’aimay cette ſincerité
Plus que je n’aurois fait voſtre infidelité.
Bien plus. De cet aveu mon amour vous tint compte
Il en devint plus fort. Peut-eſtre eſt-ce à ma honte
Mais ſi je n’obtiens pas le don de voſtre foy,
C’eſt à vous d’en rougir, ingrat, non pas à moy.
À vous, qui maintenant à vous-meſme contraire,
Démentant par la feinte une vertu ſincere,
Apres mille ſerments, & publics, & ſecrets,
Oſez de ma captive adorer les attraits.



CORIOLAN.

Oüy, ſi je puis brûler d’une flame nouvelle
Vous devez m’en punir, la feinte eſt criminelle :
Mais ſi mõ ſeul mal-heur m’expoſe à vos foupçõs…



CAMILLE.

En vain pour m’abuſer vous cherchez des raiſons.
Si l’aſtre rigoureux ſous qui je ſuis formée,
M’a caché juſqu’icy comment on eſt aimée.
Je ſçay du moins, je ſçay par mes propres combas
Ce qu’on fait quand on aime, & quãd on n’aime pas
Si de vos premiers feux vous aviez à vous plaindre
C’eſtoit en ma faveur qu’il falloit les eſteindre.
Voſtre inconſtance euſt eu mille raiſons d’eſtat :
Et vous ſeriez perfide au moins ſans eſtre ingrat.



CORIOLAN.

Ah ! Je ne le ſuis point. Que le Ciel me puniſſe,
Que Volſques & Romains s’arment pour mon ſupplice,
Si pour voſtre captive aucuns empreſſements
Ont pu changer…