Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/76

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Si par un tel effort Virgilie obligée
De ſes premiers ſerments ſe croyoit dégagée ?
Qu’elle n’euſt plus pour moy que haine & que mépris ?



ALBIN.

Sans doute il obtiendroit Virgilie à ce prix.
Mais d’un pareil effort le croyez-vous capable ?
Aux yeux de ſes ſoldats ſe rendroit-il coupable ?
Il ſçait que leurs eſprits ſont prompts à s’allarmer.
Il ſçait…



CORIOLAN.

Ah ! quand on aime, on ne ſçait rien qu’aimer.
Peut-eſtre que d’Aufide ignorant les intrigues,
Aſpirant à la fin de deux ans de fatigues,
Ces peuples inconſtans recevront de ſa main
Ce qu’ils refuſeroient de celle d’un Romain.
La paix qui de ma part leur tiendroit lieu d’outrage,
Sans doute leur plaira devenant ſon ouvrage ;
Et j’auray la douleur de perdre en un ſeul jour
Le fruit de la victoire & celuy de l’amour ;
De me voir éloigner par la feinte d’un homme
Du cœur de Virgilie, & des rempars de Rome.
À ces deux coups, Albin, je ne puis reſiſter.
Mon courage ſuccombe. Il n’en faut plus douter,
Virgilie a promis : & ſon ame timide
A payé de ſa foy la laſcheté d’Aufide.
Je ſuis trahi. Je voy qu’on a conclu la paix.
Les ſoldats m’ont fait voir moins d’ardeur que jamais.
La jalouſe Camille à mes deſſeins contraire,
Aura glacé leur ame en faveur de ſon frere.
Aufide pour l’aſſaut n’excite ma fureur,
Que pour me déguiſer ma perte & ſon bon-heur.