Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/77

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Je le voy, Je le ſens. Quel party dois-je prendre ?
À Virgilie, Albin, pourrois-je encor pretendre ?
Crois-tu qu’un cœur ſoûmis, des yeux humiliez,
Puſſent trouver encor quelque grâce à ſes piez ?
Qu’aux ſoûpirs des Romains mon ame enfin ouverte…
Non, perfides Romains, i’ay juré voſtre perte.
Vous perirez.



ALBIN.

Eh quoy ? Seigneur, que ferez-vous,
Quand vous n’aurez contre eux qu’un impuiſſant courroux ?
Quand les Volſques laſſez de ſervir voſtre haine,
Vous laiſſeront en proye à la fureur Romaine ?
Que pourrez-vous tout ſeul ?



CORIOLAN.

Qu’ils partent les ingrats :
Qu’ils me laiſſent chercher de plus fidelles bras :
Qu’ils aillent adorer dans leurs Villes craintives,
De leurs nouveaux amis les dépoüilles captives.
Que craignons-nous ? apres tant de crimes commis,
Les Romains, cher Albin, manquent-ils d’ennemis ?
N’eſt-il plus de Veïens, de Toſcans, de Samnites ?
Crois-tu que des Latins les forces ſoient détruites ?
Donnons, donnons un Chef à tant de braves cœurs.
Mais d’où vient qu’à regret je ſens couler mes pleurs ?
Ah ! barbare, du moins ſois ſenſible à tes larmes.
Tu trouveras par tout des ſoldats & des armes,
Des cœurs pour ta vangeance ardens à s’animer :
Mais où trouver un cœur qui veuille encor t’aimer ?
Et vainqueur des Romains, maiſtre de l’Italie,
Ces noms te rendront-ils une autre Virgilie ?