Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/80

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Que m’importe des jours heureux ou mal-heureux ?
Sauver Rome, Seigneur, eſt tout ce que ie veux.



CORIOLAN.

Sauvez-la. Je ſoûmets à vos piez ma vengeance.
Pour ce courroux eſteint ayez quelque indulgence.
Voyez-moy tel que Rome eſtoit à mes genoux.
Sauvez-la : mais qu’au moins ie la ſauve avec vous,
N’allez point emprunter une main eſtrangere,
Pour reparer les maux que la mienne a pü faire.
C’eſt à moy de briſer les fers que j’ay forgez ;
De vanger vos appas que j’ay ſeul outragez
Il eſt vray que mon ame à ſon crime attachée,
D’un repentir moins lent devoit eſtre touchée :
Mais ſi celuy d’Aufide a prevenu le mien,
De combien mon amour precede-t-il le ſien ?
Avant luy, j’ay trois ans d’amour & d’eſperance :
J’ay ſur tous mes rivaux trois ans de preference :
J’ay dans cet inſtant meſme où j’attends le trépas,
Voſtre cœur qui pour moy ſoûpire encor tout bas.
J’ay pour moy les témoins de ces tendres allarmes,
Vos ſoûpirs, vos regards, ces vertueuſes larmes
Que ſur un criminel vos yeux laiſſent tomber,
Et que tous vos dédains n’ont pû me dérober.
Croyez-en ces témoins, Charmante Virgilie ;
Et ne me perdez pas pour ſauver ma Patrie.
Loin de vous impoſer cette barbare loy,
Laiſſez agir l’amour qui vous parle pour moy ;
Ou ſi voſtre devoir à ma mort vous engage,
Condamnez-moy de grace avec plus de courage,
Cachez-moy…



VIRGILIE.

Je ne puis : & malgré mon courroux,
Coriolan, ie ſens que mon cœur eſt pour vous.
Levez-vous, je vous rends…