Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/81

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CORIOLAN.

Ô Ciel ? Mais quoy ? Madame,
Suſpendez-vous encor le bon-heur de mon ame ?
Vous vous taiſez au point que je me crois vainqueur ?
Qu’il ſemble qu’à mes vœux vous rendiez voſtre cœur ?
Cette flateuſe ardeur auſſi-toſt ralentie…



VIRGILIE.

Mais ſi je vous le rends c’eſt fait de voſtre vie.
Seigneur, voſtre rival a conceu quelque eſpoir.
Je le vois, je le ſouffre, il doit partir ce ſoir,
Il en attend le prix ; c’eſt mon cœur qu’il demande :
Je vous le rends. À quoy faut-il que ie m’attende ?
De quel œil verra-t-il voſtre amour couronné,
Luy ravir ce qu’au ſien il croyoit deſtiné ?



CORIOLAN.

Ah ! l’amour ſçaura bien conſerver ſes conqueſtes :
Et ie redoute peu de pareilles tempeſtes.



VIRGILIE.

Craignez tout d’un rival & puiſſant & jaloux ;
Tandis que vous ſerez preſent à ſon courroux.
Si vous voulez mon cœur, mettez en aſſurance
Ce don que mon amour fait à voſtre conſtance.
Partez avant la nuit, Seigneur. Dés ce moment
Emportez mon amour & ſauvez mon amant.
Allez à Rome.



CORIOLAN.

Moy, Madame, que ie fuye ?
Que j’aſſure en fuyant le repos de ma vie ?
Quel forfait, quelle honte exigez-vous de moy ?



VIRGILIE.

N’importe, mon amour vous preſcrit cette loy.
L’amour change en vertus les crimes qu’il ordonne.