Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/83

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CORIOLAN.

Ouy, je voudrais partir, aimable Virgilie ;
Mais à trop de perils j’expoſe voſtre vie.
J’ay beau tourner vers Rome & mes pas & mes yeux ;
Je ne puis m’éloigner de ces funeſtes lieux.
Que vous diray-je enfin ? une force cruelle
Quand ie veux vous quitter malgré moy me rapelle ;
Mon cœur dans ſes deſirs chancelant & confus
Me dit que ſi ie pars, ie ne vous verray plus.
Il ne ſera point dit que ie vous abandonne.
Vous m’en preſſez en vain, c’en eſt fait.



VIRGILIE.

Je l’ordonne,
Coriolan, partez ; ou pour ſauver vos jours,
Il me faudra d’Aufide emprunter le ſecours ;
Et peut-eſtre à vos yeux… ſi vous m’aimez de grace,
Dérobez noſtre amour au ſort qui le menace.
Contre voſtre rival fortifiez mes vœux :
Et détournez un coup qui nous perdroit tous deux.
Adieu.



CORIOLAN.

Vous me fuyez ? mais que viens-je d’entendre ?
Quel adieu ? cõment faire ? à qui dois-je me rendre ?
Pour en deliberer ie n’ay plus qu’un moment.
Ciel, ſoûtiens le Romain, & protege l’amant.



Fin du quatriéme Acte.