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AUX HONNÊTES GENS

coup de pied de M. Ulbach. Je regrette, non pas pour moi, que cet ancien poëte légitimiste ait manqué une si belle occasion de se conduire noblement. Il se serait montré sous un jour nouveau, et aurait peut-être obtenu chez les honnêtes gens une popularité qui lui manque. Quel plaisir ou quel profit trouvait-il à nier une cabale si évidente ? Dans quel intérêt a-t-il insinué que je m’étais fait siffler moi-même ? Ce n’est pas tout d’être méchant, envieux et hargneux, il faut l’être à propos et avec un peu d’esprit. Lorsque j’ai publié Tolla, il y a déjà bien des années, M. Ulbach, qui m’avait vu petit garçon au collége, a fait les efforts les plus généreux pour me décourager d’écrire. Il était dans son droit : j’avais réussi ; lui, non. Les beaux vers légitimistes de Gloriana se promenaient sur les quais de la Seine comme des ombres au bord du Styx. L’envie du poëte incompris était excusable, sinon légitime ; mais aujourd’hui M. Ulbach a publié avec un bruit éclatant divers opuscules dont le nom m’échappe ; son bagage littéraire est d’un certain poids, car sa prose pèse double. Il écrit dans deux journaux chaque semaine ; il donne la main droite aux républicains dans le Temps, et la gauche aux orléanistes dans le Courrier du Dimanche. Gloriana même, par un singulier revirement des choses d’ici-bas, Gloriana fait prime sur le quai de l’Institut. On veut lire ces vers ; quelques explorateurs audacieux se plaisent à remonter jusqu’aux sources légitimistes de ce torrent orléaniste ou républicain. Pourquoi donc M. Ulbach, au lieu de se contenter de ses propres succès, paraît-il jalouser les chutes d’autrui ?