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DE TOUTES LES OPINIONS.

À cent mille lieues du théâtre et du journal, dans la bourgeoisie parisienne et provinciale, l’exécution sommaire de Gaëtana m’a fait de nombreux amis. Les Français aiment la justice, au fond de l’âme, et ils réagissent volontiers contre la violence. Plus d’un, qui était disposé à me juger sévèrement la semaine dernière, me regarde aujourd’hui d’un œil plus bienveillant. J’ai vu des magistrats, des notaires, des industriels, des commerçants, des artistes, des hommes de toute profession et de toute opinion, et même un ancien ministre de la République, apporter leur carte à ma porte avec un petit mot de protestation. Ô haine ! voilà de tes méprises ! Ceux que tu abaisses seront élevés.

Et maintenant, faut-il l’avouer ? ce genre de succès m’inquiète un peu beaucoup ; car enfin je connais la pièce que vous allez lire. Je sais que si elle ne mérite pas tout le mal que mes ennemis en ont dit sans l’entendre, elle mérite encore moins tout le bien que mes amis en pensent avant de l’avoir lue. La cabale ne m’a pas prévenu assez tôt. J’aurais fait un bout de toilette si j’avais su que ces messieurs voulaient me mettre sur un piédestal. Si l’on m’avait dit que Gaëtana serait sifflée plus violemment qu’Hernani, j’y aurais mis trois ans de ma vie et j’aurais supplié les dieux de m’inspirer un chef-d’œuvre. Mais non, ce n’est qu’un drame comme vous en avez entendu plusieurs, et voilà ce qui me fâche. Vous y trouverez, je pense, du bon et du mauvais. Je vous recommande humblement le deuxième et le quatrième acte ; méfiez-vous du cinquième : je n’ai jamais été