Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/13

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régne exclusivement l’évolution : les types des organisations sociales, le contenu de l’histoire, se déterminent par les processus spontanés ; du côté quantitatif, entendu comme durée du temps nécessaire pour un développement historique donné, règne la création, et ce n’est qu’ici qu’elle trouve pour elle le terrain libre. Le temps est ici considéré comme une certaine abstraction réelle, existant indépendamment des phénomènes, et avec laquelle on peut opérer sans toucher à son contenu, comme avec quelque chose de tout à fait vide, dépourvu de tout contenu phénoménal, planant au-dessus de la vie, et pourtant réel. — L’absurdité philosophique d’une telle conception saute aux yeux. Le temps, qui n’est que la forme de notre entendement des phénomènes, ne peut exister comme une certaine réalité indépendante des phénomènes et dépourvue de leur contenu qualitatif ; à la notion abstraite du « temps » ne correspond objectivement rien d’autre, qu’une certaine série de phénomènes, de changements successifs. Accélérer l’avènement d’un certain fait veut donc dire seulement — éliminer une certaine série de phénomènes, qui sépare une cause présente de son effet attendu, par conséquent, rompre la chaîne de la causalité, en anéantir certains chaînons. La création, agissant sur le temps d’un devenir, agirait donc nécessairement sur le contenu phénoménal même de la vie, contenu qui est déterminé par l’évolution. — Donc, la contradiction ne parvient pas à être résolue, et elle reste impossible à résoudre, tant que nous nous bornerons au domaine des phénomènes.

La solution de la contradiction doit être recherchée ailleurs. Comme c’est la contradiction des deux méthodes qui s’excluent réciproquement, et dont chacune ne peut régner dans le domaine de son objet autrement que d’une manière exclusive, par conséquent, la solution doit être recherchée sur un terrain absolument neutre pour toutes les deux, où aucune d’elles encore n’exerce son pouvoir ; car, du moment que nous entrons dans le domaine de la causalité ou de la création, nous devons nous soumettre sans condition aucune au règne absolu d’une méthode ou de l’autre, et l’une ou l’autre devra être complètement exclue ; l’idéal n’admettra point d’évolutionnisme, l’évolution point d’idéal. La solution ne peut être trouvée qu’à ce point unique, qui, inaccessible à toutes les deux, les conditionne néanmoins et les rend possibles l’une et l’autre.

Or, ce point où la contradiction envisagée disparaît, où la bi-facialité méthodique se confond dans sa source unique et commune, ce point doit être ce qui, tout en conditionnant indispensablement le