Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/25

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aux choses de l’espace et aux états de la conscience, mais se retrouve en eux, coexiste avec leurs formes, et nous apparaît dans ces formes uniques. La marchandise, phénomène par excellence social, est en même temps un ordinaire objet matériel, qui peut parfaitement être envisagé au point de vue de la physique, de la mécanique ou de la chimie, et en dehors de cette forme intuitive, ne peut être ni conçu, ni accessible à notre expérience. De même toutes les idées qui gouvernent la vie de la collectivité humaine, malgré leur nature spécifique sociale, ne possèdent pas, néanmoins, d’autre forme d’existence que la forme psychique, celle des états de notre conscience, et quoiqu’elles constituent l’objet d’une science distincte, sociologique, peuvent cependant subir une analyse psychologique, tout comme les phénomènes de la vie de la conscience individuelle. L’idée de Dieu, de la liberté politique, de la propriété, etc., essentiellement imbibées du caractère social, de la vie collective des hommes, ne pourraient être rétrécies à la conscience individuelle de l’homme, et pourtant toute leur essence sociale ne se manifeste pas ailleurs que dans des milliers d’états psychiques, dispersés entre les cerveaux individuels des hommes, et c’est en vain que nous en chercherions une manifestation pure et distincte.

Si cependant tous les phénomènes sociaux se divisent totalement entre ces deux catégories uniques et essentielles de notre intuition, sans rien laisser qui ne soit ni physique ni psychique, néanmoins ils possèdent tous un attribut spécifique, qui les distingue des uns et des autres, de sorte que, même d’une manière intuitive, nous nous gardons d’identifier les phénomènes sociaux avec les phénomènes physiques et psychiques. Les phénomènes physiques ne deviennent sociaux que lorsque nous les spiritualisons, lorsqu’ils deviennent porteurs du travail ou des besoins humains, lorsque, sans perdre leur caractère matériel, physique, ils sont en même temps des symboles de l’intelligence, de la pensée. Tout objet de l’industrie ou don de la nature peut être envisagé uniquement en tant qu’un phénomène physique, jusqu’à ce qu’il soit élevé à la dignité d’un produit du travail humain final, ou bien qu’il se transforme en valeur d’utilité, c’est-à-dire en incarnation de certains désirs humains ; alors il se socialise. L’or, considéré comme une chose, un métal, un groupement de molécules ayant certaines propriétés chimiques, ne présente aucun caractère social ; il l’acquiert en même temps que le caractère de symbole du travail et des besoins humains, devenant l’équivalent