Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/26

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des marchandises qui cristallisent en elles les efforts constants de notre création. De là vient aussi la variabilité historique de ses destinées : dépourvu de toute influence sur la vie collective dans les anciennes communes des tribus barbares, ayant une sphère d’activé très restreinte sur le terrain de l’économie naturelle du féodalisme, il devient une force vitale toute-puissante dans la société capitaliste, lorsque le travail humain, dépassant la sphère du foyer du producteur, la sphère de ses besoins personnels, transforme l’or en l’incarnation de son caractère abstrait, en symbole de tous les besoins possibles et de tous les efforts productifs de l’homme. À mesure donc que son caractère psychique devient plus riche, d’une valeur d’utilité spécifique passant à la valeur de l’utilité en général, à l’abstraite valeur d’échange, à la signification d’un équivalent universel, dans lequel se retrouvent tous les besoins individuels concrets, actuels et futurs, réels et possibles, se renforce en même temps le caractère social de l’or, d’une chose simplement matérielle se transformant en un être presque mystique, en une divinité gouvernant le monde des âmes humaines, qui existe et agit alors même qu’elle n’est pas présente sous forme de métal, par la raison seule d’une transmission occulte de son pouvoir à toutes sortes de papiers d’escompte, billets de banque et actions. Nous retrouvons de même le caractère psychique dans tout le domaine des faits matériels, comme condition indispensable et unique de leur socialisation. Non seulement les objets matériels, mais aussi les forces de la nature, pouvant être toujours ramenées au mouvement des molécules de la matière, par conséquent, apparaissant devant notre conscience avec le caractère des choses, les forces les plus étrangères pour nous, dépourvues de toute « humanité », comme la pesanteur, l’affinité chimique, la chaleur, l’électricité, deviennent cependant phénomènes sociaux, lorsqu’elles sont adaptées aux besoins humains, en vue d’une fin, lorsque, emprisonnées dans la technique productive, elles représentent le symbole de l’intelligence des générations vivantes et passées conjurée dans la matière. En un mot, le phénomène physique devient social quand il se spiritualise, lorsque, ne cessant pas d’être une chose, c’est-à-dire quelque chose d’extérieur et spatial, s’opposant à notre conscience, il acquiert en même temps un caractère psychique.

De l’autre côté, un phénomène psychique devient social, quand ne cessant pas d’être un état intérieur de notre conscience et d’être aperçu comme tel, il acquiert néanmoins un caractère objectif, s’émancipe