Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/27

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de l’action immédiate de notre volonté et s’impose à nous de l’extérieur, comme s’il était une certaine chose, — un désir, — élevé à la dignité du fait social. Par quoi diffère-t-il d’un état individuel de ma conscience, par quel signe est-ce que je reconnais son caractère social ? Dans son contenu, dans ses éléments constitutifs, dans sa manière de réagir à l’extérieur, dans les associations qui se groupent autour de lui, nous ne trouverons aucune différence ; dans les deux cas, l’état psychique donné est soumis à la même analyse psychologique, à la même description ; pour l’un et pour l’autre on peut toujours tracer le même processus et poser la même diagnose. La psychologie de ma faim, dans ses traits constants et principaux, est en même temps la psychologie de la famine en général, de la faim sociale, répétée d’une manière multiple dans les différents cerveaux humains. Les mêmes idées et intérêts, qui se groupent autour de la propriété, du mariage, de la famille, dans l’âme d’un individu, retrouvent leur expression fidèle dans les lois qui règlent les rapports de propriété, ceux de la famille et du mariage, de sorte que, motivant psychologiquement une certaine loi existante, nous faisons tout simplement l’analyse du côté correspondant de l’âme d’un certain type d’homme. Propageant socialement une certaine idée, sur le terrain d’un sentiment collectif donné, nous cherchons des indications dans la psychologie individuelle, et les idées que nous pouvons inculquer aux individus, en prenant pour base un sentiment donné, nous les retrouvons aussi socialement associées entre elles. L’idée du communisme par exemple, se liant aux intérêts de la vie des individus, est en même temps, en tant que phénomène social, liée aux intérêts économiques de toute une classe. Les différences individuelles qui marquent chaque phénomène psychique par opposition à son caractère social constant, n’affaiblissent en rien cette affirmation, que ce n’est pas dans une différence de contenu psychologique qu’il faut chercher la raison de la socialisation d’un état mental. Car, je puis parfaitement adapter mon esprit à une conception sociale donnée, à ce modèle constant qui se retrouve dans les formules juridiques, les programmes, les dogmes des religions, et malgré cela, je pourrais toujours discerner la même idée, en tant qu’individuelle à moi, et en tant que sociale, quoique dans leur contenu et leur forme, ces deux aspects de cette idée soient totalement adéquates. En tant qu’individuelle, elle est soumise à l’action de ma volonté intérieure, elle peut être transformée à l’aide de mon raisonnement, s’affaiblit et se fortifie sous l’influence des sentiments