Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/28

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qui m’animent ; en plus, son existence même, la force et l’importance qu’elle exerce sur le courant de la vie, dépendent entièrement de toute cette systématisation psychique qui constitue mon âme, mon intelligence, de ma manière de penser et de sentir, de mes penchants individuels, de la quantité et de la qualité du savoir que je possède ; chaque concept moral, comme phénomène psychique, est soumis à une telle variabilité dans la conscience de chaque homme, il acquiert ou bien il perd sa force vitale, il disparaît ou se renforce, change son contenu et sa couleur émotionnelle, suivant la société des autres concepts et sentiments qu’il trouve dans notre conscience ; en un mot, il s’accommode continuellement à la totalité de notre âme, à ses inclinations les plus intimes, et nous ne pouvons apercevoir son influence sur le cours de notre vie, que lorsqu’il est adapté aux autres éléments de notre âme, uni à notre savoir et à nos sentiments, lorsque nous reconnaissons devant nous-mêmes sa valeur. En tant que sociale par contre, elle se moque complètement de nos raisonnements et sentiments, et avec l’indifférence d’une chose s’oppose à nos désirs et négations. Les idées de Dieu, d’un amour légitime, d’un pouvoir d’État, malgré mon athéisme et libéralisme philosophique, et quoiqu’elles aient déjà perdu toute valeur pour mes convictions et sentiments, pour mes motifs intérieurs, et que comme phénomène psychique elles ne puissent plus jouer aucun rôle dans ma vie, néanmoins, comme sociales, contenues dans les lois, dans les institutions, dans l’opinion publique, ne cessent pas d’exercer sur moi leur pression objective, de s’imposer à ma conscience avec la brutalité d’une chose, d’objets extérieurs, et ceci avec une force d’autant plus grande, que je les nie plus en tant que phénomène psychique, en tant que ma propre conviction, de même que les ténèbres de la nuit ou l’espace qui nous sépare du but écoutent nos malédictions avec une indifférence complète, et s’opposent à notre volonté d’autant plus, que cette volonté désire les anéantir davantage.

Ce caractère objectif des phénomènes psychiques socialisés se manifeste nettement, lorsque nous comparons les différentes phases évolutives d’un même phénomène. Aussi longtemps qu’une idée reste propriété individuelle de la conscience humaine, un ordinaire état psychique, elle est soumise à toutes les actions de notre volonté, elle est variable, facilement périssable, car elle puise les sucs de sa force vitale dans nos sentiments et pensées, obligée continuellement de s’adapter à eux, de se soucier de notre agrément, de notre appro-