Page:Acker - Les Exilés, 1911.djvu/17

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— À Colmar.

— À Colmar ! s’exclama Claude ; mais je suis né à Colmar, toute ma famille paternelle est de Colmar. Par exemple, qu’est-ce qui vous a suggéré de choisir Colmar ?

Le premier violon de l’orchestre s’approchait ; il s’inclina profondément, ses longs cheveux qu’une raie partageait luisant sur son front, et il demanda à Mme Aubray si elle désirait qu’il jouât pour elle quelque chose. Mme Aubray lança une bouffée de fumée, le regarda un instant, et, sa cigarette entre les doigts, indiqua une valse hongroise. Le musicien sourit, à la fois obséquieux et fat, puis, tout près de Mme Aubray et se penchant vers elle, il commença.

— Mon mari, expliqua Mme Dolnay, était très lié depuis son enfance avec un ménage qui, désolé de n’avoir point d’enfants, se prit à l’aimer, passionnément… Ils vivaient à Paris, et mal, car l’homme, incapable de se pousser, avait une situation modeste, et la femme n’était pas riche ; ils ne rêvaient que de gagner un jour un gros lot qui leur permît d’acheter en province une maison où ils se