Page:Acker - Les Exilés, 1911.djvu/18

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


retireraient… Un an après la mort de mon mari, ils héritent d’un cousin très éloigné, et qui était Alsacien, une maison à Colmar avec de petites rentes. Ils courent à Colmar ; c’était leur rêve : une maison avec un jardin, toute meublée. Ils y sont depuis deux ans, ils me supplient de leur rendre visite… Je leur ai promis ; ils m’attendent.

Mme Aubray l’écoutait, stupéfaite.

— Vous vous enterrerez dans une petite ville de province… allemande, par-dessus le marché, et avec de vieilles gens ! vous êtes folle, ma chérie… vous mourrez d’ennui.

— Mais non, mais non. Je mènerai une vie calme, je me reposerai, je peindrai un peu, je me promènerai ; la campagne, aux environs, est magnifique.

— Ce sera terrible.

— Ce sera délicieux. Vous ne me croiriez pas, si je vous avouais que j’aime médiocrement Paris, et ses succursales, les stations balnéaires, les plages élégantes : pourtant, c’est la vérité. J’ai une âme très simple : un champ, un vieux clocher, une rivière, et je suis heureuse.