Page:Adolphe de Coston - Étymologies des noms de lieu de la Drôme.djvu/88

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N.-D. d’Aygu à un oratoire païen, élevé par les Romains « à Icarus ou Aigarus (le Bouvier), qu’on invoquait contre les eaux dévastatrices, » mais dont jamais personne n’a entendu parler.

Il me paraît beaucoup plus naturel de voir dans le nom de l’église d’Aigu, dont la fondation remonte peut-être au IXe ou au Xe siècle, un souvenir de la mansio appelée Acunum par Peutinger et la table théodosienne ; Acuno, par Antonin ; Acusio et Acusium, dans l’Itinéraire de Bordeaux, et qui ne peut pas être Ancone, petit village situé sur les bords du Rhône, dans des terrains souvent inondés et impropres à l’établissement d’une bonne route (v. Ancone, § V). C’est à Montélimar, d’ailleurs, qu’on a trouvé la colonne milliaire transportée plus tard du jardin des Recollets (le collège) dans celui de la préfecture de Valence (Statistique, p. 622) ; l’addition d’une voyelle a changé Acunum en Aygunum, comme aqua en aigue.

Acunum dut être abandonné peu à peu, lorsque, dans les premiers temps du moyen âge, les Adhémar ou leurs prédécesseurs se fortifièrent sur la hauteur, et donnèrent leur nom à une nouvelle ville dans l’enceinte de laquelle on n’a pas trouvé de débris romains autres que la colonne milliaire. La mansio était sur l’emplacement de N.-D. d’Aigu, un peu en amont du confluent du Roubion et du Jabron, ce qui permettait de passer séparément et avec plus de facilité ces deux torrents, dont les eaux n’étaient pas encore réunies. Le nom d’Acunum est peut-être synonyme de celui de la Rivière, commun à un si grand nombre de localités ; voir Jabron. Il aurait été alors emprunté à la même racine qu’Aigues, suivie d’une finale indiquant souvent un diminutif ou une forme adjective, et qui servait aussi à latiniser ou à gréciser les mots gaulois, finale qui a disparu dans le nom plus moderne d’Aigu. J’avoue que cette traduction est un peu hypothétique, mais elle me semble préférable à celle de M. Diefenbach, qui assimile Acunum à Agaunum ou Acaunum en valais ; ce nom veut dire, en c., pierre, rocher[1], ce qui

  1. Diefenbach, p. 218 ; — de Belloguet, t. {rom-maj|I|1}}, p. 139 ; — Zeuss, p. 38 — Revue archéologique, septembre 1869, p. 188.