Page:Adolphe de Coston - Étymologies des noms de lieu de la Drôme.djvu/96

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


données à deux parties différentes de la même rivière par deux tribus voisines ; la forme Arar conviendrait très-bien à la partie supérieure de son cours, qui se rapproche de la Suisse, où il y a tant d’Aar. Les noms de village Izeau, Izel, Izeron, Izon, Ison paraissent synonymes de celui de la Rivière. Izon, près de Séderon, qui appartenait, dans le XVIIIe siècle, aux de Vaulserre des Adrets, est appelé de Yzone en 1317, et de Yzono en 1467.

Deux cours d’eau nommés Jabron arrosent le département ; l’un se jette dans le Roubion, et l’autre, qui prend sa source dans le canton de Séderon, se perd dans la Durance, près de Sisteron. Ce dernier est désigné ainsi dans un acte de 1264[1] : Ad pontem Aquæ Brunæ, vel vulgariter Agabronis ; quant au premier, il est appelé, en 1404, Riperia Jabronis. Un philologue aussi complaisant qu’érudit, M. le commandant Mowat, auquel je dois beaucoup de notes et d’idées qui m’ont été très-utiles pour l’Étymologie des noms de la Drome, a bien voulu m’adresser, en 1866, une lettre, insérée dans la Revue archéologique, de laquelle j’extrais ce qui suit : « La forme primitive Agabron s’est contractée eu Abron (qui est aussi le nom d’une rivière de la Nièvre), d’après la règle de la chute de la gutturale entre deux voyelles. D’autre part, Agabron a donné lieu à une autre forme secondaire, par l’aphérèse de l’a initial ; il reste Gabron, qui s’est à son tour affaibli en Jabron, suivant les procédés habituels. Voilà comment on peut s’expliquer que les deux formes Abron et Jabron ne découlent pas l’une de l’autre, mais dérivent chacune indépendamment d’une forme plus ancienne et plus complète, Agabron, donnée par un texte authentique, et laissant clairement entrevoir sa signification, sans qu’il faille recourir au radical avr ou abr, etc. Abron et Jabron constituent un véritable doublet. »

On peut citer beaucoup d’autres exemples d’aphérèses, notamment : la Guisanne, affluent de la Durance, Aguisiana et Aquisiana, dans le VIIIe siècle ; Gusargues (Hérault), Aguzanicæ, dans le XIIe siècle ; Bollène, Abolena, etc. Il ne me

  1. M. de Laplane, Histoire de Sisteron, t. II, p. 330.