Page:Agoult - Histoire des commencements de la république des Pays-Bas - 1581-1625.djvu/94

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Dieu de paix. Il fallait qu’ils menassent à fin leur œuvre. Il était trop tôt pour demander la sagesse à un peuple dont la folie venait de sauver la République. Les circonstances, d’ailleurs, continuaient à servir les passions des masses ; plus d’un événement désastreux venait justifier le système de la défiance et de l’exclusion. Des soulèvements excités par des prêtres, des complots, des projets d’assassinat tramés par des moines, et qui, dans l’état précaire de la République, n’allaient à rien de moins que sa ruine ; des défections éclatantes dans la noblesse catholique, la trahison du comte de Rennenberg, stadhouder de Frise, qui livra Groningue, et celle du comte de Hooghstraten, en qui le prince d’Orange avait eu une confiance entière, réveillaient les fureurs du peuple, et ôtaient aux hommes politiques le reste de force qu’ils avaient employé jusque-là à maintenir la liberté de conscience.

Pleins d’ardeur et de dévouement au commencement de la lutte, les catholiques avaient fini par s’effrayer de leur trop complète victoire. L’union étroite du pape avec le roi Philippe[1] l’alliance intime qui se révélait aux Pays-Bas entre l’idée républicaine et le protestantisme,jetaient le trouble dans leur esprit. La conscience du citoyen et la conscience du papiste ne tardèrent pas

à se trouver en désaccord. Moins heureux que les pro-

  1. En 1578, une bulle du pape Grégoire XIII accordait l’indulgence plénière à tous ceux qui combattraient aux Pays-Bas pour don Juan d’Autriche contre le prince d’Orange.