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Page:Aicard - L’Illustre Maurin, 1908.djvu/321

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L’ILLUSTRE MAURIN

nous restent, pour manger les sangliers, il n’y aurait bientôt plus de vendanges par ici ! »

— C’est donc ça, dit Saulnier, qu’il y a tant de vin en Algérie, et que, par ici, nous ne pouvons plus vendre les nôtres ! Sans les lions d’Afrique, on vendrait les vins du Var ! Celle-là empoisse !

— Mais, observa le mousquetaire, nos chevaux piaffent et nous allons repartir…

— Ah ! parbleu ! fit Saulnier, si ce n’était pas que, de temps en temps, tu passes dans mon chemin, je m’embêterais bougrement pour mes quarante-cinq francs par mois ! Des hommes comme toi, galégeaïré, c’est la gaîté de la France !… Mais où allez-vous, tous les deux, dans vos habits du temps passé ?

— Eh ! fit le mousquetaire, nous ne savons pas… Nous marchons devant nous en essayant de ne plus rencontrer de gendarmes.

Et il conta à Saulnier, en quelques mots, les événements de la journée.

— Voici la nuit, conseilla le cantonnier ; ce que vous avez de mieux à faire, c’est de la passer dans ma cabane. Et demain, le compère Pastouré, qui n’a rien à craindre, lui, de la gendarmerie, ira à sa maison changer de vêtements, puis chez toi te chercher les tiens. Je n’ai jamais tant regretté de n’avoir qu’une seule culotte !

— Nous pensions aller peut-être à Bormes ce soir, dit Maurin.

— Ainsi habillés ! s’écria Saulnier. Les populations vous recevraient avec tant de gros rires, que vous auriez tout de suite sur le dos, vu le télégraphe, tout les gendarmes du Var, des Bouches-du-Rhône et des Basses-Alpes !