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MAURIN DES MAURES

CHAPITRE XXXVI


Il n’y a pas de bon mariage morganatique auquel ne préside au moins un ermite.


Ils étaient assis côte à côte sur un lit de braïsse dans une baume étroite, une grotte ouverte sous une grande roche, où bien des fois il s’était abrité.

Après qu’ils eurent partagé le matinal déjeuner du chasseur, servi sur la souple peau flottante qui recouvre les carniers de cuir des Provençaux, elle lui dit :

— Maintenant, tu sais, tu es mien… Je veux être ta femme. J’obtiendrai tôt ou tard le consentement de mon père, — mais, femme ou maîtresse, je te veux pour moi toute seule. On dit que tu « les as toutes » et je le crois bien, car tu es beau, courageux et fort, mais à partir d’aujourd’hui tu ne seras qu’à moi… Est-ce vrai que tu les as toutes ?

Le Sarrazin répondit négligemment :

— Oh ! moi, j’ai des femmes un peu partout.

La chrétienne bondit, se mit toute droite sur ses pieds :

— Il les faut quitter. Penses-tu que j’aie été sacrilège et que je t’aie donné mes lèvres, sous l’image de la Vierge, — pour accepter d’être une de celles-là ?

— Il fallait parler avant, dit l’imperturbable Maurin ; et je n’aurais pas consenti à ce que tu me demandes parce que ce serait vraiment difficile, mais au moins