Page:Aimard - La Fièvre d’or, 1860.djvu/108

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
101
LA FIÈVRE D’OR.

— Oui, la pluie fouettait les vitres, le vent sifflait dans les longs corridors de l’hôtel, j’attendais impatiemment ta venue ; tu arrivas. Enfin, comme aujourd’hui, j’étais face à face avec la ruine ; je voulais mourir, tu m’en empêchas.

— C’est vrai ; eus-je tort ?

— Peut-être, reprit le comte d’une voix creuse ; seulement voici les paroles que tu prononças.

— Laisse-moi te les répéter moi-même, car malgré les quinze ans qui se sont écoulés, Louis, cette scène est aussi présente à ma pensée que si elle avait eu lieu hier. Après t’avoir prouvé que tu avais tort de désespérer, fit Valentin d’une voix solennelle, que tout n’était pas perdu pour toi, sur une dernière objection que tu essayas de faire, je te dis : Sois tranquille, Louis ! sois tranquille ! si dans deux ans je n’ai pas accompli ma promesse, moi-même je te rendrai tes pistolets et alors… — Alors ? demandas-tu, — Alors, repris-je, tu ne te tueras pas seul. — J’accepte, répondis-tu. Voici les mots tels qu’ils ont été prononcés entre nous pendant cette nuit qui décida de ton avenir et fit de toi un homme ; est-ce bien cela ? ai-je oublié le moindre détail ? réponds[1].

— Non, tu n’as rien oublié, Valentin.

— Eh bien ?

— Eh bien ! maintenant que j’ai accompli fidèlement la promesse que je t’avais faite, je viens réclamer de toi l’exécution complète de notre pacte.

— Je ne te comprends pas.

  1. Voir le Grand chef des Aucas. 2 vol, in-12. Amyot, éditeur, 8, rue de la Paix.