Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/104

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L’Espagnole se retourna avec un mouvement de dégoût mal dissimulé et reconnut Nathan, le fils aîné du Cèdre-Rouge.

— Oui, by God ! c’est moi, reprit le bandit, cela vous étonne, niña ? Oh ! oh ! nous sommes arrivés depuis une heure déjà avec la plus belle collection de vautours qui se puisse imaginer.

— Mais vous-même que faites-vous ici ? dit-elle sans même savoir pourquoi elle lui adressait cette question.

— Oh ! reprit-il, c’est que moi aussi je veux me venger ; j’ai laissé mon père et les autres là-bas, et je suis venu explorer un peu les lieux. Mais, ajouta-t-il avec un rire sinistre, il ne s’agit pas de cela dans ce moment ; avez-vous donc le diable au corps, que vous courez ainsi la nuit, au risque de faire une mauvaise rencontre ?

— Que puis-je craindre ? Ne suis-je pas armée ?

— C’est vrai, répondit le pirate en ricanant ; mais vous êtes jolie, et Dieu me damne si je ne connais pas des gens qui, à ma place, se moqueraient des joujoux que vous avez à votre ceinture ! Oui, vous êtes jolie, niña, ne le savez-vous pas ? Le diable m’emporte, puisque personne ne vous en a encore fait la confidence, j’ai bien envie de vous le dire, moi ; qu’en pensez–vous, hein ?

— Le malheureux est ivre ! murmura la jeune fille en voyant la face hébétée du brigand et le flageolement de ses jambes. Laissez-moi, lui dit-elle, l’heure est mal choisie pour plaisanter, nous avons à nous occuper de choses plus importantes.

— Bah ! après nous la fin du monde ! nous sommes tous mortels, et du diable si je me soucie de ce