Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/130

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cha vivement du Cèdre-Rouge, sur le corps duquel il se pencha.

Aux paroles de sa fille, le bandit avait ouvert les yeux ; il tourna la tête avec effort du côté où arrivait ce secours inespéré.

Soudain son visage, pâle déjà, se couvrit d’une teinte cadavéreuse ; ses yeux s’agrandirent et devinrent hagards, un frémissement convulsif agita ses membres et il retomba lourdement en arrière en murmurant avec épouvante :

— Oh !… le père Séraphin !

C’était effectivement le missionnaire ; sans paraître remarquer l’émotion du squatter, il lui saisit le bras pour lui tâter le pouls.

Le Cèdre-Rouge était évanoui. Mais Ellen avait entendu les paroles prononcées par son père ; sans en comprendre le sens, la jeune fille devina qu’un drame terrible était caché sous cette révélation.

— Mon père ! s’écria-t-elle avec douleur en tombant aux genoux du prêtre, mon père, ayez pitié de lui, ne l’abandonnez pas !

Le missionnaire sourit avec une expression de bonté ineffable.

— Ma fille, répondit-il doucement, je suis un ministre de Dieu, l’habit que je porte me commande l’oubli des injures : les prêtres n’ont pas d’ennemis, tous les hommes sont leurs frères ; rassurez-vous, non-seulement votre père a son corps à sauver, mais encore son âme. J’entreprendrai cette cure, et Dieu, qui a permis que je me trouve sur sa route, me donnera les forces nécessaires pour réussir.

— Oh ! merci, merci, mon père ! murmura la jeune fille en fondant en larmes.