Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/136

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coupés s’échappaient de ses lèvres. Le père Séraphin s’émut de cette douleur ; il s’approcha et entendit ces mots : « Mon fils ! mon pauvre fils ! Mon Dieu, rendez-moi mon fils ! »

Cette femme avait le visage couvert de larmes ; elle tenait les yeux levés au ciel, une expression d’un profond désespoir était empreinte sur sa physionomie.

Le père Séraphin comprit avec l’instinct de son cœur qu’il y avait là une grande infortune à consoler, et, s’adressant à l’inconnue, il lui dit :

— Pauvre femme, que cherchez-vous ici ? Pourquoi pleurez-vous ?

— Hélas ! mon père, répondit-elle, j’ai perdu tout espoir d’être heureuse en ce monde.

— Qui sait, madame ? Contez-moi vos malheurs, Dieu est grand, peut-être me donnera-t-il le pouvoir de vous consoler.

— Vous avez raison, mon père. Dieu n’abandonne jamais les affligés, et c’est surtout lorsque l’espoir leur manque qu’il leur vient en aide.

— Parlez donc avec confiance.

L’inconnue reprit la parole d’une voix entrecoupée par l’émotion intérieure qu’elle éprouvait.

— Voilà plus de dix ans, dit-elle, que je suis séparée de mon fils. Hélas ! depuis qu’il est parti pour l’Amérique, malgré les démarches que j’ai tentées, je n’ai jamais pu avoir de ses nouvelles, savoir ce qu’il est devenu, s’il est mort ou vivant.

— Ainsi, jamais depuis l’époque dont vous parlez, aucun indice, aucun renseignement si faible qu’il soit n’est venu vous rassurer sur le sort de celui que vous pleurez.

— Hélas ! non, mon père, depuis que mon fils, le