Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/137

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brave enfant, a voulu accompagner au Chili son frère de lait.

— Eh bien, interrompit le prêtre, au Chili on pourrait s’informer.

— Je l’ai fait, mon père.

— Et rien ?

— Pardonnez-moi, le frère de lait de mon fils est marié, propriétaire d’une grande fortune au Chili ; c’est à lui que je me suis adressé. Mon fils s’est séparé de lui un an environ après avoir quitté la France, sans lui révéler les raisons qui le forçaient à agir ainsi, et depuis, malgré toutes ses recherches pour le retrouver, jamais il n’en a entendu parler ; tout ce qu’il est parvenu à savoir, c’est qu’il s’était enfoncé dans les forêts vierges du grand Chaco, en compagnie de deux chefs indiens.

— Voilà qui est étrange, en effet, murmura le prêtre tout pensif.

— Le frère de lait de mon fils m’écrit souvent ; grâce à lui, je suis riche pour une femme de ma condition, habituée à vivre de peu. Dans chacune de ses lettres il m’engage à venir finir mes jours auprès de lui ; mais c’est mon fils, mon pauvre enfant que je veux revoir, c’est dans ses bras que je désirerais fermer les yeux. Hélas ! cette consolation ne me sera pas accordée. Oh ! mon père, vous ne pouvez vous imaginer quelle douleur c’est pour une mère de vivre seule, seule toujours loin du seul être qui rendait la joie à ses derniers jours. Quoiqu’il y ait dix ans que je ne l’ai vu, je me le représente, comme le jour où je l’ai quitté, jeune et fort, ne doutant de rien, alors qu’il m’embrassait en me quittant pour toujours, hélas !