Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/138

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En prononçant ces paroles la pauvre femme ne put retenir ses larmes et éclata en sanglots.

— Du courage ! la vie n’est qu’une longue épreuve ; vous qui avez tant souffert, peut-être Dieu, dont la bonté est infinie, vous réserve-t-il une joie suprême pour vos derniers jours.

— Hélas ! mon père, vous le savez, rien ne peut consoler une mère de l’absence de son fils ; son fils ! c’est sa chair, c’est son cœur ! Chaque navire qui arrive, je vais, je cours, je m’informe, et toujours, toujours le même silence !… Et pourtant, vous l’avouerai-je ? j’ai en moi quelque chose qui me dit qu’il n’est pas mort et que je le reverrai ; c’est comme un pressentiment secret dont je ne puis me rendre compte ; il me semble que si mon fils était mort, quelque chose se serait brisé dans mon cœur et que depuis longtemps déjà je n’existerais plus. Cet espoir me soutient, malgré moi il me donne la force de vivre.

— Vous êtes une mère véritablement selon l’Évangile, madame, je vous admire.

— Vous vous trompez, mon père ; je ne suis qu’une pauvre créature, bien simple et bien malheureuse ; je n’ai qu’un sentiment dans le cœur, mais ce sentiment le remplit tout entier : l’amour de mon enfant. Oh ! si je le voyais, ne serait-ce qu’une minute, il me semble que je mourrais heureuse ! Ainsi parfois, de loin en loin, un banquier m’écrit de me rendre chez lui et me remet de l’argent, tantôt de petites sommes, tantôt de plus fortes ; lorsque je lui demande d’où me vient cet argent, qui me l’envoie, cet homme me répond qu’il ne le sait pas lui-même, qu’un correspondant inconnu l’a chargé de me le remettre. Eh bien, mon père, chaque fois que je reçois