Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/145

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Vers la fin de la nuit, la crise se calma un peu et le squatter tomba dans une espèce de somnolence qui lui ôta la faculté de sentir et de percevoir.

Nul n’avait dormi durant cette longue et funèbre nuit passée au fond des bois.

Le père Séraphin, dès qu’il vit le Cèdre-Rouge plus calme, fît préparer par ses Indiens un brancard afin de le transporter.

Les Indiens répugnaient à ce travail.

Ils connaissaient le squatter de longue date ; ces hommes primitifs ne comprenaient pas comment au lieu de le tuer, puisque le hasard le faisait tomber en sa puissance, le missionnaire prodiguait au contraire des secours à un tel misérable qui avait commis tant de crimes et dont la mort serait un bienfait pour la prairie.

Il fallut tout le dévouement qu’ils avaient voué au père Séraphin pour qu’ils consentissent à faire, de très-mauvaise grâce nous devons l’avouer, ce qu’il leur commandait.

Lorsque le brancard fut prêt, on étala dessus un lit de feuilles sèches et d’herbe, et le squatter fut déposé sur cette couche dans un état d’insensibilité presque complète.

Avant de quitter la forêt, le missionnaire, qui comprenait combien, dans l’intérêt du blessé, il était nécessaire de raviver la foi chancelante des Peaux Rouges, se résolut à offrir le saint sacrifice de la messe.

Un autel fut improvisé sur un tertre de gazon recouvert d’un lambeau de toile blanche, et la messe fut dite, servie par un des Indiens qui se présenta spontanément.

Certes, dans nos grandes cathédrales d’Europe,