Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/149

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La mère de Valentin frémissait en entendant raconter ces choses pour elle si extraordinaires ; de grosses larmes coulaient sur ses joues flétries, et elle se signait eu murmurant avec compassion :

— Pauvre enfant ! quelle vie horrible !

Car, en effet, c’était sa vie que racontait Ellen ; toutes ces terreurs, toutes ces atrocités, dont elle déroulait devant ses deux interlocuteurs les sinistres et sanglantes images, elle y avait assisté, elle les avait vues et en avait souffert la plus grande part.

Lorsque son récit fut terminé, elle laissa tomber sa tête dans ses mains et pleura silencieusement, accablée d’avoir ravivé de si cuisantes douleurs et d’avoir rouvert des plaies encore saignantes.

Le missionnaire la couvrit d’un long et calme regard empreint d’une pitié douce. Il lui prit la main, la serra dans les siennes et, se penchant vers elle, il lui dit avec un accent de bonté qui lui alla au cœur :

— Pleurez, pauvre fille, car vous avez bien souffert ; pleurez, mais soyez forte ; Dieu, qui vous éprouve, vous réserve sans doute d’autres coups plus terribles que ceux qui vous ont frappée ; ne cherchez pas à repousser le calice qui s’approche de vos lèvres ; plus vous souffrirez dans cette vie, plus vous serez heureuse et glorifiée dans l’autre. Si Dieu vous châtie, vous, pauvre brebis immaculée, c’est qu’il vous aime ; heureux ceux qu’il châtie ainsi ! Puisez des forces dans la prière, la prière élève l’âme et rend meilleur ; ne désespérez pas, le désespoir est une suggestion du démon qui rend l’homme rebelle aux enseignements de la Providence. Songez à notre divin Maître ; rappelez-vous ce qu’il a souffert pour nous ; alors vous reconnaîtrez combien vos douleurs sont peu de chose com-