Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/153

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s’asseoir auprès du blessé ; une autre personne s’y trouvait déjà.

Cette seconde garde-malade était Ellen.

— Pourquoi ne dormez-vous pas, mon enfant ? lui demanda-t-il.

La jeune fille lui montra le blessé par un geste plein de noblesse.

— Laissez-moi le veiller, dit-elle, c’est mon père.

Le missionnaire sourit doucement et se retira.

Au point du jour il revint.

Le Cèdre-Rouge, en l’entendant venir, poussa un soupir et se souleva avec peine sur sa couche.

— Comment vous trouvez-vous, mon frère ? lui demanda le père Séraphin avec intérêt.

Une rougeur fébrile envahit le visage du bandit, une sueur froide perla à ses tempes, son œil lança un fulgurant éclair, et d’une voix basse et entrecoupée par l’émotion extrême qui l’oppressait :

— Mon père, dit-il, je suis un misérable indigne de votre pitié.

— Mon fils, répondit doucement le prêtre, vous êtes une pauvre créature égarée dont, je n’en doute pas, Dieu aura pitié, si votre repentir est sincère.

Le Cèdre-Rouge baissa les yeux ; un mouvement convulsif agita ses membres.

— Mon père, murmura-t-il, voulez-vous m’enseigner comment on fait le signe de la croix ?

À cette demande étrange dans la bouche d’un tel homme, le père Séraphin joignit les mains avec ferveur, et leva les yeux au ciel avec une expression de sublime reconnaissance.

Le mauvais ange était-il réellement vaincu sans retour ? ou bien était-ce encore une comédie jouée par