Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/158

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partit au galop, et disparut presque aussitôt dans un nuage de poussière.

Valentin rejoignit tout pensif ses amis.

— Eh bien ? lui demanda don Miguel.

— Eh bien, répondit-il, cette femme est la créature la plus extraordinaire que j’aie jamais rencontrée.

Arrivée hors de vue des chasseurs, la Gazelle blanche ralentit le pas de son cheval et lui laissa prendre une allure plus conforme aux précautions dont tout voyageur doit user dans la prairie.

La jeune fille était heureuse en ce moment ; elle avait réussi non-seulement à sauver d’un danger terrible celui qu’elle aimait, mais encore à se réhabiliter aux yeux de Valentin et de ses compagnons.

Le Cèdre-Rouge s’était, il est vrai, échappé ; mais cette fois la leçon avait été rude, et le bandit, traqué partout comme une bête fauve, ne tarderait pas sans doute à tomber entre les mains de ceux qui avaient intérêt à se débarrasser de lui.

Elle marchait ainsi insoucieusement en jetant autour d’elle des regards distraits, admirant le calme de la prairie et les reflets des rayons du soleil sur les taillis.

Jamais le désert ne lui avait semblé si beau ; jamais tranquillité plus grande n’avait régné dans son esprit.

Déjà le soleil, arrivé à son déclin, allongeait démesurément l’ombre des grands arbres ; les oiseaux, cachés sous l’épais feuillage, chantaient au Tout-Puissant l’hymne du soir, lorsqu’elle crut distinguer un homme à demi couché sur le revers d’un de ces innombrables fossés creusés par les grandes eaux des pluies d’hiver.