Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/182

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connais. Hum ! quel changement ! Il faut avouer que ces missionnaires français sont de véritables sorciers. Quel malheur que depuis l’indépendance l’inquisition n’existe plus !

Le Cèdre-Rouge considérait le moine qui fixait sur lui ses yeux fauves avec une expression diabolique ; le squatter était en proie à une de ces colères froides d’autant plus terribles qu’elles sont concentrées. Il éprouvait des démangeaisons inouïes de briser le misérable qui le narguait, et faisait des efforts impuissants pour contenir la colère qui peu à peu s’emparait de lui et commençait à le maîtriser.

Cependant le moine n’était pas aussi rassuré qu’il voulait le paraître ; il voyait les sourcils du squatter se froncer de plus en plus, son visage devenir livide ; tout lui faisait présager un orage qu’il se souciait peu de faire éclater à son préjudice.

— Voyons, dit-il d’un ton radouci, à quoi bon se fâcher entre anciens amis, con mil diablos ! je ne suis ici que dans une bonne intention et pour vous rendre service.

Le squatter rit avec mépris.

— Vous ne me croyez pas, continua le moine d’un air béat, cela ne me surprend pas ; il en est toujours ainsi, les bonnes intentions sont méconnues et on croit plutôt ses ennemis que ses amis.

— Trêve à vos sottes paroles ! s’écria le squatter avec impatience ; je ne vous ai écouté que trop longtemps ; livrez-moi passage et allez au diable !

— Grand merci pour la proposition que vous me faites, dit en riant le moine ; si vous le permettez, je n’en profiterai pas, quant à présent du moins. Mais, trêve de plaisanteries ! il y a ici près deux per-