Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/193

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— Allons, calmez-vous ; voyez, vous ayez la fièvre.

— Oh ! ne craignez rien, mon père, la joie ne tue pas, allez ! La vue de mon fils me rendra la santé, j’en suis sûre.

— Pauvre mère ! ne put s’empêcher de dire le prêtre.

— N’est-ce pas ? fit-elle. C’est une chose bien terrible, si vous saviez, de vivre dans des transes continuelles, de n’avoir qu’un fils qui est sa joie, son bonheur, et de ne pas savoir où il est, ni ce qu’il fait, s’il est mort ou s’il existe. La plus cruelle torture pour une mère, c’est cette incertitude continuelle, cette alternative de bien et de mal, d’espoir et de désappointement. Vous ne comprenez pas cela, vous ne pourrez jamais le comprendre, vous autres hommes ; c’est un sens qui vous manque, et que nous, les mères, nous possédons seules, l’amour de nos enfants !…

Il y eut quelques minutes de silence, puis elle reprit :

— Mon Dieu ! comme le temps s’écoule lentement !

Le soleil ne se couchera-t-il donc pas bientôt ? De quel côté croyez-vous que mon fils vienne, mon père ? Je veux le voir arriver. Quoiqu’il y ait bien longtemps que je ne l’aie vu, je suis certaine que je le reconnaîtrai tout de suite ; une mère ne se trompe pas, voyez-vous, car elle ne voit pas son enfant avec les yeux, elle le sent avec le cœur !…

Le missionnaire la conduisit à l’entrée de la grotte, la fit asseoir, se plaça auprès d’elle, et lui dit en étendant le bras dans la direction du sud-ouest :

— Regardez par là, c’est de ce côté qu’il doit venir.

— Merci ! répondit-elle avec effusion. Oh ! vous avez toutes les délicatesses comme vous avez toutes les vertus. Vous êtes saintement bon, mon père ;