Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/195

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dement à travers les quebradas avec des sifflements mélancoliques et prolongés.

Soudain Mme Guillois se redressa, son œil lança un éclair ; elle saisit fortement la main du missionnaire :

— Le voilà ! dit-elle d’une voix rauque.

Le père Séraphin releva la tête.

— Je n’entends rien, dit-il.

— Ah ! fit la mère avec un accent qui venait du cœur, je ne me trompe pas cependant, c’est lui ; écoutez, écoutez encore.

Le père Séraphin prêta l’oreille avec la plus grande attention.

En effet un bruit à peine perceptible se faisait entendre dans la prairie, assez semblable aux grondements prolongés d’un tonnerre lointain.

— Oh ! reprit-elle, c’est lui, il arrive ; écoutez !

Ce bruit devenait de plus en plus fort, bientôt il fut facile de distinguer le galop de plusieurs chevaux qui accouraient à toute bride.

— Eh bien ! s’écria-t-elle, est-ce une illusion ? Oh ! le cœur d’une mère ne se fourvoie pas ainsi.

— Vous avez raison, madame, dans quelques minutes il sera près de vous.

— Oui, oui ! murmura-t-elle d’une voix haletante.

C’est tout ce qu’elle put dire. La joie l’étouffait.

— Au nom du ciel ! s’écria le missionnaire avec inquiétude, prenez garde, cette émotion est trop forte pour vous, vous vous tuez.

Elle secoua la tête avec un mouvement d’insouciance et de béatitude inexprimable.

— Qu’importe, fit-elle, je suis heureuse, oh ! bien heureuse en ce moment.

Les cavaliers étaient entrés dans le défilé, le galop