Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/211

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de notre pays. La France, mon enfant, est-ce que tu l’as oubliée ?

Valentin soupira.

— Non, ma mère, dit-il avec effort ; depuis que je vous ai revue, tous les souvenirs de mon enfance ont, je ne sais comment, ravivé tout à coup ce désir que j’avais de revoir la France un jour ; ce désir que je croyais mort n’était qu’endormi : votre vue m’a fait comprendre que l’homme ne renonce pas ainsi, de gaieté de cœur, à ces joies du foyer dont on ne comprend bien les charmes que lorsque l’on ne peut pas en jouir. Aussi ai-je l’intention de vous faire bientôt quitter ces contrées déshéritées du ciel pour retourner dans notre pays.

— Hélas ! fit-elle avec un accent de doux reproche, nous serions si heureux là-bas ; pourquoi ne pas y retourner tout de suite ?

— Parce que cela ne se peut pas, ma mère ; j’ai à accomplir ici un devoir sacré : mais je vous donne ma parole d’honneur que, lorsque j’aurai rempli le devoir que je me suis imposé et que je serai libre, nous ne demeurerons pas une heure de plus ici. Ayez donc patience, ma mère : peut-être avant deux mois nous partirons pour la France.

— Dieu le veuille ! mon fils, dit la vieille dame avec tristesse. Enfin, que ta volonté soit faite, j’attendrai.

— Merci, ma mère ; votre condescendance me rend plus heureux que je ne puis vous le dire.

La vieille dame soupira sans répondre. La petite troupe continua à cheminer en silence dans la direction du village des Comanches, aux abords duquel on arriva environ vers les trois heures de l’après-midi.