Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/213

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depuis longtemps dans la prairie pour que le ranchero ne se sentît pas ému en sa présence.

Le Blood’s Son était assis devant un feu, il fumait dans une pipe indienne ; auprès de lui se trouvait la Gazelle blanche.

Un instant le ranchero se repentit presque de la démarche qu’il avait tentée auprès d’un pareil homme, mais cette pensée n’eut que la durée d’un éclair ; la haine reprit immédiatement le dessus, et toute trace d’émotion s’effaça de son visage.

— Approche, drôle, lui dit le Blood’s Son. D’après ce que vient de m’apprendre la señora, tu crois avoir entre les mains les moyens de perdre le Cèdre-Rouge ?

— Ai-je dit le Cèdre-Rouge ? répondit le ranchero ; je ne crois pas, seigneurie.

— De qui as–tu parlé alors ?

— De Fray Ambrosio.

— Que m’importe ce moine misérable, fit le Blood’s Son en haussant les épaules, ses affaires ne me regardent pas, je ne veux point m’en occuper ; d’autres devoirs plus importants réclament mes soins.

— C’est possible, seigneurie, répondit le ranchero avec plus d’assurance que l’on aurait dû le supposer ; mais moi, c’est à Fray Ambrosio seul que j’ai affaire.

— Alors, tu peux aller au diable, car, certes, je ne te viendrai pas en aide dans tes projets.

Andrès Garote, si brutalement reçu, ne se découragea cependant pas ; il baissa les épaules avec un sourire cauteleux, et prenant sa voix la plus câline :

— On ne sait pas, seigneurie, dit-il.

— Hum ! cela me semble difficile.

— Moins que vous ne pensez, seigneurie.