Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/225

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— Vous êtes ici chez moi, mon maître ; ne m’obligez pas à vous en faire souvenir : ainsi commencez par être poli avec ma fille, si vous ne voulez pas que je vous remette à votre place.

— Hum ! fit le moine en grommelant : est-ce donc l’arche sainte, cette jeune femme, pour que vous preniez ainsi la mouche au moindre mot qu’on lui adresse ?

— Je ne prends pas la mouche, répondit brusquement le squatter en frappant du poing sur la table ; seulement vos façons d’agir et de parler ne me conviennent pas et je vous le dis ; ne m’obligez pas à vous le répéter.

Fray Ambrosio ne répliqua pas ; il comprit que le Cèdre-Rouge était dans une disposition d’esprit peu favorable à une discussion, il s’abstint prudemment de toute réflexion qui aurait pu envenimer la question et faire éclater une querelle dont il se souciait d’autant moins que le squatter semblait la désirer.

Pendant l’échange des quelques mots qui précèdent, Ellen, aidée par ses deux frères, avait allumé une torche de bois-chandelle, ranimé le feu dont le besoin commençait à se faire sentir, et couvert la table d’un repas, sinon confortable, du moins suffisant.

— Caballeros, dit-elle de sa voix douce, vous êtes servis.

Les quatre hommes s’assirent autour de cette table avec l’empressement de gens affamés qui ont hâte de rompre un long jeûne.

Cependant, avant de porter le premier morceau à ses lèvres, le squatter se tourna vers sa fille.

— Ellen ! lui dit-il avec bonté.

— Mon père, répondit-elle en s’approchant vive-