Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/226

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ment de lui, que désirez-vous ? Vous manque-t-il donc quelque chose ?

— Ce n’est pas cela, enfant, reprit-il ; il ne nous manque rien, du moins, je le crois.

— Qu’est-ce donc, alors ? fit-elle d’un air étonné.

— Pourquoi, reprit-il, ne vous placez-vous pas près de nous ?

— Vous m’en dispenserez, mon père, je n’ai pas faim ; il me serait réellement impossible de prendre la moindre des choses.

Le squatter soupira ; mais, sans faire d’objection, il commença à servir les convives, tandis qu’elle se retirait dans le coin le plus obscur du jacal.

Le repas fut triste ; les quatre hommes paraissaient préoccupés, ils mangeaient vite et en silence.

Lorsque leur faim fut assouvie, ils allumèrent leurs pipes et fumèrent.

— Père, dit tout à coup Nathan au Cèdre-Rouge qui regardait mélancoliquement la fumée de sa pipe monter en tournoyant vers le toit du jacal, j’ai retrouvé des pistes.

— Moi aussi, observa le moine.

— Et moi aussi, dit le squatter ; après ?

— Après ! fît Fray Ambrosio ; canarios, compadre, vous le prenez bien gaiement ! Des pistes dans le désert décèlent toujours un ennemi.

— Qu’est-ce que cela me fait ? dit le Cèdre-Rouge en haussant les épaules.

— Comment, qu’est-ce que cela vous fait ? s’écria le moine en bondissant ; je trouve le mot charmant, par exemple ; on dirait, à vous entendre, que vous êtes entièrement étranger à la question, et que votre vie n’est pas en jeu comme la nôtre.