Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/227

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— Qui vous dit que je veuille la défendre ? répondit brusquement le squatter en lui jetant un regard qui, malgré lui, l’obligea à baisser les yeux.

— Hum ! fît le moine après un instant de silence, que vous ne teniez pas à la vie, je le conçois : vous en avez assez usé de toutes les manières, soit dit sans reproche, pour que vous ne la regrettiez pas ; mais il est une chose que vous oubliez, compadre, sans vouloir ici vous parler de moi qui, cependant, serais en droit de vous adresser quelques reproches parfaitement fondés.

Le squatter secoua insoucieusement la cendre de sa pipe sur la table, la bourra une seconde fois, la ralluma, et se remit impassiblement à fumer sans paraître attacher la moindre attention aux paroles du moine.

Celui-ci fronça les sourcils en serrant les poings, mais, se remettant presque aussitôt, il continua avec une feinte indifférence tout en jouant avec son couteau.

— Oui, vous oubliez une chose, compadre, qui cependant vaut bien la peine qu’on s’en souvienne.

— Quoi donc ?

— Vos enfants, caspita !

Le squatter lui lança un regard ironique.

— Oh ! por Dios santo ! reprit le moine, je ne parle pas ici de vos fils, ce sont deux hommes forts et résolus qui se sortiront toujours d’affaire ; je ne m’inquiète nullement d’eux.

— De qui donc vous inquiétez-vous alors ? lui demanda le squatter en le regardant fixement.

— De qui je m’inquiète ! reprit le moine avec une certaine hésitation.