Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/240

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des pentes et se précipitaient avec fracas dans les vallées, entraînant arbres et rochers à leur suite.

Enfin, celui qui paraissait être le chef de la troupe passa à plusieurs reprises le revers de sa main droite sur son front moite de sueur bien que le froid fût intense dans cette région glacée, et, se tournant vers ses compagnons :

— Amis, leur dit-il, nous sommes à vingt mille pieds au-dessus du niveau de la plaine, c’est-à-dire que nous sommes arrivés enfin à la hauteur où le guerrier indien aperçoit pour la première fois, après sa mort, le pays des âmes, et contemple les territoires de chasse fortunés, séjour brillant des guerriers justes, libres et généreux ! L’aigle seul pourrait s’élever plus haut que nous !

— Oui, répondit un de ses compagnons en secouant la tête ; mais j’ai beau regarder de tous les côtés, moins je vois la possibilité de nous échapper.

— Hum ! général, reprit le premier interlocuteur, que dites-vous donc là ? On pourrait supposer, Dieu me pardonne ! que vous désespérez.

— Eh ! fit celui-ci, qui n’était autre que le général Ibañez, cette supposition ne manquerait pas d’une certaine justesse ; écoutez donc, don Valentin : depuis dix jours bientôt que nous sommes perdus dans ces diables de montagnes, cernés par les glaces et les neiges, sans avoir rien à mettre sous la dent, sous prétexte de découvrir le repaire de ce vieux scélérat de Cèdre-Rouge, je vous avoue que je commence non pas à désespérer, mais à croire qu’à moins d’un miracle nous ne sortirons plus de ce chaos inextricable dans lequel nous sommes enfermés.

Valentin hocha la tète à plusieurs reprises. Les